Au début, ils te prenaient dans leurs bras, te frappaient doucement le dos, histoire que tu craches tes larmes, te disaient leurs regrets pour toi, te donnaient de quoi redémarrer sous forme homéopathique, histoire que tu ressaisisse, ils te parlaient, histoire que tu stoppe cet abus de haine.
Toi, tu en parlais un peu, comme ça, pour voir les réactions et puis, c'est devenu automatique, sans passer de vitesses, tu en riais, en pleurais, faisais semblant pour les mettre mal à l'aise, pour qu'ils se sentent à côté de la plaque et qu'ils te regardent différemment.
Et puis les gentilles tapes dans le dos se sont transformées en coups dans le ventre, histoire de te la faire vomir ta tristesse, histoire de remplacer ta putain de joie accompagnée de ton sourire niais. Ils étaient là, partout autour de toi, te frappant de tous les côtés, te montrant comme eux ils souffraient, comme ils étaient tristes mais que pour eux ça allait passer, parce qu'ils extériorisaient ça.
Ils t'ont frappé à la tête, pour qu'elle se décroche, histoire qu'elle soit hors d'usage, pour que ton c½ur prenne le relais. Mais c'était trop tard, il avait pourri. Ils t'ont ouvert la poitrine, histoire de le remplacer par un c½ur plus humain, celui d'un autre, mais tu l'as jeté, piétiné, meurtrit, si bien qu'il s'en est allé.
Et aujourd'hui, sans tête, couverte de bleus et de plaies sanguinolentes, tu traînes ta carcasse histoire de voir la suite. Tu l'attends, ton prochain passage à la déchetterie, pour voir si tu en récupéreras un autre, un c½ur à garder.